- Les instances du pouvoir affichent le nombre de clandestins
refoulés par charters, énumèrent les mesures prises aux
frontières, etc. Pourtant, un nombre
(controversé) d'immigrés trouve en France le
moyen d'y vivre ou d'y survivre, dans des conditions qui, si elles
insultent souvent la notion de dignité humaine, semblent
préférables à celles qu'ils ont quittées.
Sinon, comme le dit Mario Vargas Llosa, n'étant pas des
imbéciles, ils ne viendraient pas et, surtout, ne resteraient
pas.
Évidemment, étant « sans papiers », ils
travaillent au noir. Or les mêmes instances restent
(comparativement aux informations concernant leur action sur les
immigrés illégaux) étrangement discrètes
sur le nombre d'employeurs poursuivis et pénalisés pour les
employer illégalement. Qui sont ces employeurs ? Quelles
poursuites sont engagées, quelles condamnations prononcées
contre eux et combien ? On lit semaine après semaine :
« Soixante-dix clandestins Maliens expulsés »,
et bien plus rarement : « Soixante-dix ‹ ou
même un seul ‹ employeurs français de Maliens mis
en examen ».
N'y-a-t-il pas, dans la liste de ceux qui pratiquent impunément
l'emploi clandestin, des firmes célèbres d'une importance
considérable et des sous-traitants indispensables à
celles-ci, dans la confection, le bâtiment ou d'autres
branches majeures ?
- Quel est le poids de ces employeurs dans l'économie
française ? Marginal ou décisif ? Quelle est la
perte des rentrées fiscales et sociales qu'ils font subir au budget
national ? Les pénalités infligées à leurs
entreprises compensent-elles cette perte ? Autrement
dit : quelle est la part des « employeurs
clandestins » (et non, comme on le demande
démagogiquement, des « travailleurs
clandestins ») dans le déficit budgétaire et dans le
« trou » de la Sécurié sociale, par
défaut de paiement des impôts et des cotisations patronales
afférentes ?
Corolairement, donc : à combien se monterait le solde
créditeur apporté par la régularisation des
« sans papiers » ?
- En supposant que tous ces employeurs, forçément
français de par la loi, soient obligés de se mettre en accord
avec ladite loi, quelle serait l'incidence de ce surcroît de charges
sur la rentabilité de leurs entreprises, le prix de revient de leurs
produits, leur prix de vente, leur compétitivité nationale et
internationale ?
En d'autres termes : l'économie française
peut-elle supporter le poids de la régularisation, non
des travailleurs clandestins, mais des entreprises qui les emploient
clandestinement ?
- Question qui découle des précédentes :
l'économie française ne subira-t-elle pas un choc
inacceptable pour elle en l'absence de travailleurs immigrés
exploités, illégalement ou non, par des entreprises
françaises ? Ceux-ci ne restent-ils pas, même
régularisés, plus qu'une bénédiction
(morale) voire un enrichissement (culturel) une
nécessité (économique) ?
Corollairement, donc : des entreprises françaises étant
mises ainsi en difficulté, quel est le nombre de suppressions
d'emplois (et non de créations comme il est dit
démagogiquement) qui risque de découler de la
disparition des immigrés ?
- Quelle est la part de ces immigrés dans l'achat des biens
de consommation dans notre pays ‹ donc dans le soutien et la
stimulation d'une production nationale fragilisée ? À combien
se monte la somme annuelle de leurs achats de ces produits (voitures,
télévisions, machines à laver, etc. ‹ sans
oublier leur participation au marché du logement dont on nous prouve
qu'il est en pleine déprime et dont ils sont, par force, les
premiers demandeurs) dans le chiffre d'affaires global du circuit de
ces biens en France ? Et cela dans les deux cas de figure :
achats dans la perspective de se fixer en France, soit pour un long temps,
soit à demeure (étant entendu que ces achats sont
d'autant plus importants qu'est laissée la possibilité du
regroupement familial) ; et achats destinés à
être expédiés au pays, soit pour en gratifier des
proches, soit dans un but lucratif.
Corollairement, donc : combien perdrait l'économie
française en se privant de ce marché qui est, par
définition, neuf, et s'oppose au marché autochtone qui est
saturé ? À combien se monterait la baisse du taux de croissance
de l'économie française en cas de non-emploi de ces
immigrés ? Celui-ci ne deviendra-t-il pas franchement
négatif ?
- En mettant un barrage draconien aux demandes de visa dans la
majorité du monde ‹ que ce soit le
« tiers-monde » ou les pays dits « de l'Est »
sans trop faire le tri entre les demandeurs (les services consulaires
étant obsédés par les consignes reçues et la
peur de faire une « gaffe »), la France a
réussi cet exploit de voir le nombre des ressortissants
étrangers en général et des étudiants en
particulier venus pour un séjour plus long que le circuit des
châteaux de la Loire se réduire de façon spectaculaire.
Quelle est et quelle sera l'incidence de cet état de fait sur
l'avenir de son « rayonnement » en
général et de l'usage de la langue française en
particulier ? Quel sens cela peut-il avoir encore de parler de
« francophonie » si l'on fait obstacle aux
séjours des francophones en France ?
- Dans la mesure où le fait d'apprendre, d'étudier ou
tout simplement de parler français ne garantit pas la
possibilité de résider en France, à quoi sert-il
d'entretenir des Instituts français, des Alliances
françaises, etc., et a fortiori la coûteuse
intitution de la francophonie, qui ne peuvent créer que des
frustrés ?
En poussant à son terme le raisonnement par l'absurde, le pouvoir
n'aurait-il pas intérêt, puisqu'il recherche de façon
forcenée des économies budgétaires, à fermer
ces sources d'attraction vers un pôle désormais défendu
et à couper court à des motifs de nostalgie, voire de
rancoeur, pour promouvoir, selon le souhait exprimé par le
président de la République, des représentations
essentiellement commerciales, guidées par les seuls critères
économiques, lesquelles devront bien évidemment, si elles
veulent être compétitives, s'exprimer dans la seule langue de
la compétition : l'anglais ?
Ce sont deux mensonges ‹ au moins par omission ‹ que
je soupçonne ici : le premier consiste à parler de ce
que coûtent les immigrés sans chiffrer ce qu'ils rapportent. Le
second à fermer les frontières françaises en faisant
semblant de croire que cela sera sans incidence sur la présence
française dans le monde.