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Reply-To: "Marie-Dominique Massoni"@london.monde-diplomatique.fr
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Date: 21 Feb 1997 11:52:16 Z
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Contact :
Marie-Dominique Massoni
Groupe de Paris du mouvement surrealiste
122, rue des Couronnes
75 020 Paris
Tél : 01 46 36 54 96
Chers amis,
Vous pouvez bien evidemment rajouter tous les noms qui suivent a votre
petition (message deja laisse au repondeur). Soutiens anonymes depuis
le debut de votre mouvement, mais deja dans les manifs contre la loi
Pasqua, nous sommes prets a intervenir aujourd'hui de maniere plus
publique si cela vous etait utile. Vous trouverez ci-jointe notre
declaration de la semaine derniere ainsi qu'un texte a paraitre, nous
avions egalement envoye un fax au ministere de l'interieur suit a
l'arrestation de certains d'entre vous a L'Elysee.C'est peu, mais
c'est fait.
Oublie de vous dire qu'invitee a une table ronde a Bordeaux (salon du
livre) j'y ai denonce l'intervention de ses hommes d'armes etc...
Environ 200 personnes etaient la et ont applaudi. Cette declaration
etait pour moi un prealable a toute presentation su surrealisme
aujourd'hui. Avec d'autres amis presents je distribuai un tract concu
a l'occasion "Imaginez un ecrivain sans papier"
A demain, fraternellement
Pour le groupe de Paris du mouvement surrealiste
Marie-Dominique Massoni
Lorsque le gouvernement viole les lois du peuple,
l'insurrection est le plus sacre des droits et le plus indispensable
des devoirs.
Constitution de 1793
Nous, poetes, peintres, cineastes, ecrivains, membres ou amis du
groupe de Paris du mouvement surrealiste, nous joignons a l'appel a «
desobeir pour ne pas se soumettre a des lois inhumaines », aujourd'hui
dites « Lois Debre ».
Nous avons deja manifeste contre le code de la nationalite, car nous
n'aimerions guere « rester seuls avec les Francais », nous affirmons
qu'il est du devoir moral de chacun de mettre tout en oeuvre pour
lutter contre ce racisme legalise.
Comme nous l'avons fait, comme nous le faisons, nous continuerons donc
le plus simplement du monde d'accueillir nos amis etrangers, d'ou
qu'ils viennent, et quelque soit leur statut. Il est evidemment hors
de question pour nous de devenir des delateurs ou des auxiliaires de
police.
Andre Bernard
Anny Bonnin
Aurelien Dauguet
Guy Girard
Michel Leclerc
Michel Lequenne
Michaël Lowy
Marie-Dominique Massoni
Jean Jacques Méric
Bertrand Schmitt
Michel Zimbacca
Contact :
Marie-Dominique Massoni
Groupe de Paris du mouvement surrealiste
122, rue des Couronnes
75 020 Paris
Tél : 01 46 36 54 96
Pour information :
(a paraitre dans le numero 2
de SURR...)
a Sidy Diara,
a Karounga Diagouraga
a Moussa Sissoko
Au printemps 1996, des « sans papiers » sortent de l'anonymat, de la
crainte d'être arretes et expulses, et reclament des titres de sejour
pour tous les etrangers vivant en France. Ceux qu'on appellera bientot
« les familles de Saint Bernard », menent alors des actions
d'information, une greve de la faim, soutenus par une poignee
d'humanistes et de revolutionnaires, toutes tendances confondues.
L'ete venu, leur resistance, leur determination declenche une
surprenante solidarite qui s'amplifie, malgre les vacances.
Le gouvernement français, surpris, decide d'en finir. Un jeudi soir du
mois d'aout, un homme, premier ministre en titre, maire d'une ville
qui tira longtemps sa richesse de la traite des noirs, s'adresse a ses
administres. Point n'est besoin de perdre du temps à l'ecouter, nous
avons compris que l'assaut est decide. Des l'aube, devant l'eglise les
cameramen chargent leurs cameras, braquent leurs projecteurs, alors
que les hordes de gardes mobiles ne sont pas encore annoncees. Face
aux millions de spectateurs potentiels, nous ne sommes qu`une poignee.
Les medias qui n'ont que trop utilise les images de cette lutte pour
leurs journaux d'ete sont mis a contribution pour le grand spectacle
de sa liquidation et l'envoi d'un « message fort » aux Africains
revant d'emigrer. Medias sans frontieres, a la niche !
Quelques temps après cette barbarie, il y a bien encore du
monde dans les rues, comme au soir du saccage policier. Le pouvoir
attend que les projecteurs s'eteignent : l'emotion retombera, et le
rideau avec. En 1996, les retours a la frontière se seront comptes par
milliers, et ils continuent, quotidiens.
La lutte des Sans papiers n'a pas cesse, mais pour les medias aux
ordres, elle n'est plus a l'ordre du jour : on leur a dit de mettre la
pedale douce. Qu'importe que des chinois rejoignent le mouvement,
qu'importe le developpement des collectifs a travers toute la France,
qu'importe ce qu'ils tentent de clamer, leur image ne fait plus
recette. Le jeudi 9 Janvier, huit Maliens, anciens grevistes de la
faim de Saint Bernard, ont la naivete de s'en aller demander ala
Préfecture ou en est leur dossier. Cinq sont rafles sur ordre
ministeriel. Une avocate, reduite a l'impuissance par la rapidite de
l'execution, ne peut que se precipiter pour donner l'alerte. Les
journalistes prevenus, restent au chaud. Nous nous retrouvons, environ
deux cents, devant la prefecture, et de la accompagnons les Sans
papiers presents jusqu'a la redaction de France 2. Le journal du soir
va commencer, nous voulons que l'information passe. Mais on ne profane
pas la grand-messe du 20 heures ! Au bout d'un temps de negociation,
la direction de la redaction propose que nous sortions dans la rue et
que nous « refassions » sous l'oeil des cameras, notre arrivee sur les
lieux. Moyennant quoi, Madjiguene Cisse aura un micro pour parler.
C'est ca ou les flics. Nous refusons en scandant « Spectacle partout,
info nulle part ! ». Les delégues des sans papiers accepteront plus
tard d'être filmes, à l'exterieur, entoures de quelques amis, selon
une dernière regle du jeu ou ultimatum edicte par les journalistes .
Vendredi 10 Janvier, Sidy, Karounga et Moussa, nos amis maliens,
menottes aux mains et aux pieds, chloroformes et attaches à des sieges
d'avion par du chatterton, peuvent etre expedies à Bamako comme on
ecoule le surplus d'un stock. Deux en rechappent parce qu'ils hurlent
et se debattent. Les trois autres ont hurle trop tot : anesthesies,
ils dorment profondement. Les flics du Spectacle filment ceux qui a
l'aeroport affrontent les CRS, et leur ministre de l'interieur
peaufine une loi scelerate, plus expeditive encore que celle de son
predecesseur.
Son but, on le sait, n'est pas la diminution du nombre des
travailleurs immigres, mais de faire qu'ils soient jetables au gre du
marche, des besoins des esclavagistes, ou des statistiques
gouvernementales visant a prouver l'efficacite de la chasse aux
clandestins. Les frontieres, allons donc, vous voulez rire ! Elles
n'existent qu'a peine pour les grands trusts economiques. Elles ne se
font murailles que pour empecher les exploites d'aller laoù ils le
desirent.
Tant que les sans papiers acceptent d'etre des marchandises, peu
importe d'ou ils viennent, mais des qu'ils reclament des droits en
tant qu'individus, on leur denie le droit a l'existence.
Tant que les salaries, le nez colle a leur survie, hurlent avec les
loups et reclament des frontieres plus etanches, des produits
francais, des vigiles, des flics et des cameras de surveillance, ils
ne peuvent voir qu'ils n'ont pas plus de realite que ces etrangers
qu'ils accusent de tous leurs maux.
Et bien messieurs les gestionnaires, messieurs les tortionnaires, nous
ne sommes pas des etres virtuels ! Notre lutte contre le Capital,
contre l'Etat n'a pas de cesse !
Au printemps prochain, des chomeurs et des exclus venant de differents
pays d'Europe et du Maghreb a l'issue d'un grand jeu de piste, vont
converger vers Amsterdam ou se tiendra le prochain sommet europeen.
Ils entendent exprimer leur aspiration à une societe autre et denoncer
le sort qui est reserve aux individus dans une societe ou les seules
realites sont d'ordre economique. La chance de cette marche est de
parvenir a briser, y compris chez les exclus eux-memes, les divisions
et les antagonismes entretenus par les tenanciers du Capital. Son
enjeu est de montrer clairement l'alliance objective des chomeurs et
des travailleurs, quelque soit leur pays, face a la convergence des
interets des gouvernements et des patrons.
Il est primordial que ce mouvement associe dans sa colere les Sans
papiers et les clandestins, premieres victimes du laminage economique
et boucs émissaires privilegies.
Finissons en avec les nationalites avec leurs codes presents ou en
projet !
Que les cahiers de doleances qui seront portes jusqu'a Amsterdam,
rappelant la marche sur Versailles en octobre 1789, augurent d'une
nouvelle montee de la conscience revolutionnaire !
Que les échos de ces luttes en Europe rejoignent ceux des Zapatistes,
des Tupac Amarus, des Coreens et de toutes celles connues ou encore
inconnues. Que s'eveillent ceux que l'on
dit anesthesies !
Paris, Janvier 97 Bertrand Schmitt et Marie Dominique Massoni
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